Salut,
le jour où j'ai fait de gros progrès en anglais, c'était un soir de match de rugby France/Angeleterre à Twickenham.
J'avais 17 ans et nous étions partis avec mon club de Saint-Denis voir le match en Angleterre en ouverture du tournoi de cinq nations. Voyage en train et ferry, métro et train de banlieue jusqu'à Twickenham, match et ensuite, embarquement dans deux bus d'une équipe anglaise de Maldon, à 70 km de là, pour être hébergés chez eux et jouer à domicile le lendemain matin, avant le retour en France prévu dimanche en fin d'AM.
Bref, on voit le match France/Angeleterre, la France gagne, direction le pub où on avale des pintes de Guiness à n'en plus finir, on monte ensuite dans les bus des Anglais qui repassent par la gare de Waterloo station afin qu'on récupère nos bagages laissés le matin à la consigne.
C'est le bordel, on s'éparpille dans la gare en cavalant, ronds comme des queues de pelle en beuglant comme des supporters victorieux, je récupère mon sac dans les premiers puis je pars en chasse d'un truc à bouffer pour éponger le trop-plein de bière... d'un coup, je me retourne et là, plus personne !
Bordel, par où sont-ils passés ? Je courre dans un couloir, puis un autre, je reviens sur mes pas, je tente vers une sortie, puis une autre... pas de bus. Plus de bus ! Bon, faut revenir au point de départ, à la consigne, là où nous étions ensemble la dernière fois et j'attends. J'attends, j'attends, une heure passe, puis deux, puis trois, la nuit est tombée, ça craint. Je sais qu'ils sont allés à Maldon, mais c'est où, c'putain d'bled ? Passé 23 h, je me dis que je ne sais pas où pas dormir, j'ai très peu d'argent sur moi et surtout, je ne sais absolument pas où sont mes potes et nos accompagnateurs et d'ailleurs, qu'est-ce qu'ils ont branlés, ceux-là ? Z'ont pas vus que je n'étais pas là ? Merdalorrr, les cons !
Plus le choix, je me dirige vers le poste de police de la gare et je leur raconte mon histoire comme je peux, avec mon anglais scolaire à la Chirac. Les flics ont l'air de comprendre et ils me demandent :
"Maldon, ok but Essex or Sussex ?" Qu'est-ce que j'en sais moi ? Finalement, je reste là et je finis par m'endormir sur le banc, après avoir avalé un sandouiche que les flics m'ont apporté.
J'ai été réveillé vers 2 h du mat' par le consul de France prévenu par les flics, à qui j'ai raconté toute l'embrouille. Il pige, m'explique que les flics supposaient que je faisais une fugue et il me conduit dans un foyer d'accueil pour le reste de la nuit.
Le lendemain AM, avec le consul, nous avons arpenté la gare de départ vers la France, Victoria-station, et là, j'ai retrouvé mon équipe de rugby qui se demandaient comment je m'étais ainsi volatilisé... et hop, retour à Paname.
L'explication était qu'il y avait deux bus qui ont déposé l'équipe dans deux hôtels différents à Maldon. Chaque groupe pensait que j'étais avec l'autre. On s'est rendu compte de mon absence dans le vestiaire, juste avant le match... il est où, le talonneur, il est où, le Tramber ?
Bref, l'aventure s'est bien terminée : ma mère (qui avait été prévenue dans la nuit par le consul) a par la suite envoyé une belle boite de chocolats au consul pour le remercier, mes potes du XV dionysien se sont pris une branlée mémorable sur le terrain des anglais qui leur ont défoncé la gueule pendant que je faisais du tourisme à Piccadilly avec des français au-pair rencontrés au foyer d'accueil. Au retour, ma mère a passé un savon terrible aux accompagnateurs du club pas fichus de compter les jeunes qu'ils avaient en charge et moi, j'ai fais des progrès en anglais.
Nécessité fait force !
