Messagepar Marco » 17 juin 2021, 00:26
Ouais, super la Bonnie ! Une des plus belles anglaises qui soit, avec ce moteur à la taille de guèpe, plein de galbes ronds en bas, serré à la taille et pigeonnant de ses culasses, à peine plus volumineux qu'un gros mono... et ce son ! "Rhaaaa lovely" comme disaient les personnages de Gotlib.
Un dessin superbe, un moteur rond, plein, pêchu, une partie-cycle fine et légère !
Pour ce qui est des sens de sélection des vitesses, y'avait les deux : les Triumph twin avaient la première en bas et les trois autres en haut, comme les BSA monoblocs à partir de 1962-63... mais les BSA pré-unit (à boîte sèp') étaient comme les Enfield, 1ère en haut et les autres en bas, comme les Norton (de 350 à 750 cm3), les Matchless, AJS, Vincent...
En fait, le sens de sélection des rapports n'était tout simplement pas normalisé à cette époque parmi les différentes marques de motos et de modèles.
La normalisation du sélecteur à gauche et 1ère en bas ne s'est imposée que dans la moitié des années 70, pour suivre une obligation américaine... et comme le plus gros marché étaient les USA, tous les constructeurs s'y sont pliés.
En Europe, les constructeurs de motos avait tous un passé venu des années 1920 à 1940, donc avec des architectures mécaniques à boîte séparée et commande par sélecteur à main droite au réservoir (la main gauche devant rester libre pour le levier d'embrayage) via une tringlerie et toujours la transmission primaire à gauche sous carter (pas facile à traverser avec une commande de sélecteur au pied).
Velocette (à forte sportivité) a été un des premiers grands constructeurs à adopter le sélecteur au pied (un atout sur circuit), mais toujours à droite puisque la sortie de la commande de BV était déjà là. Et c'est resté ainsi très longtemps, à cause de l'architecture mécanique des motos de ces époques, majoritairement moncylindriques à 4T, avec organes de distribution à droite du cylindre et transmission primaire par chaîne, à gauche du bas-moteur.
Après la 2ème guerre mondiale, la production de motos japonaises s'inspire, au départ (et sans gros passé d'avant guerre) des motos allemandes où l'implantation des organes mécaniques privilégie davantage le sélecteur à gauche... puis, les japonaises vont dominer tout le marché mondial, toujours avec des motos à sélecteur à gauche. La production française a quasiment disparu, reste les Italiens et les Anglais, avec le sélecteur à droite (motos issues des années 40)... les premières Guzzi V-twin, les Laverda twin et les Ducati mono et twin ont elles aussi le sélecteur à droite, mais avec la 1ère en bas. Sur les Guzzi V-twin, la BV de type automobile permet d'inverser le montage du sélecteur d'un côté ou de l'autre, au choix de l'utilisateur, via une adaptation par biellettes valable aussi pour changer la pédale de frein de côté.
Aux USA, les Harley ont abandonné après-guerre le levier de vitesse à main gauche au réservoir et pédale d'embrayage au pied gauche pour adopter le sélecteur au pied à gauche, souvent en système "double-branche", 1ère en bas et les autres rapports supérieurs "en haut", mais commandables vers le bas au talon. Et des Allemandes ayant survécu à l'effondrement de l'industrie moto des années 1950 Outre-Rhin, il ne reste que MZ et IFA en RDA et BMW, Hofmann et Victoria en RFA avec des V-twin ou flat-twin à vilebrequin longitudinal (donc transmission primaire derrière le moteur, comme en automobile), donc pas de souci pour implanter le sélecteur de vitesse à gauche, ce qui devient la norme en Allemagne, y compris pour les marques passées au monocylindre 2T comme Zündapp ou KTM en Autriche. Et ailleurs, chez Jawa, CZ, Montesa, ont trouve un peu des deux montages, droite ou gauche, selon les années et les modèles, variabilité permise par des moteurs 2T (donc ne nécessitant pas de place nécéssaire à des organes de distribution inexistants), monocylindriques en bloc-moteur (pignonnerie de BV souvent au centre des carters, derrière le cylindre).
Nous avons donc à la fin des années 60 des allemandes à sélecteur à gauche, des américaines à sélecteur à gauche, des japonaises à sélecteur à gauche et des italiennes et des anglaises à sélecteur à droite. Les industriels les plus puissants sont les japonais et le plus gros marché est américain, donc...
Finalement, au cours des années 70, pour des questions de sécurité liées à la prise en main des motos chez les novices, les USA imposent, par réglementation, le sélecteur à gauche pour homologuer les motos étrangères dans la plupart de leurs états. Et les Anglais et les Italiens s'y conformeront pour continuer à exporter leurs motos aux USA qui sont la clef de leur survie.
Chez Guzzi et Ducati, ils s'adaptent et chez Norton et Triumph qui n'ont plus que les Commando 850 et les Bonneville T140, ils bricolent pour faire traverser le carter de transmission par la commande de BV.
C'est ainsi que le sélecteur à gauche est devenu la norme dans le monde entier... mais par rapport à l'Histoire de la moto depuis 1900, c'est assez récent.
Je suis la mauvaise herbe, c'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe, je suis la mauvaise herbe, je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés. (G. Brassens)
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