Messagepar jbt » 16 déc. 2022, 10:32
J'ai passé la moitié de ma carrière dans le public, l'autre dans le privé. Globalement, c'est dans ce dernier domaine que j'ai rencontré les meilleures planques, avec des gens outrageusement bien payés se prélassant dans des conditions de travail de rêve pour ne rien faire, hormis dégoiser sur les fonctionnaires.
Et dans le service public, j'ai plutôt rencontré des gens trop investis dans leur boulot pour que leur santé physique et mentale n'y résiste. Que la paye soit assurée n'est pas le problème (d'ailleurs, vu son épaisseur, elle est une source de stress même lorsqu'elle arrive!), le problème est plutôt la charge de travail qui est appliquée avec, en parallèle, un amoindrissement des moyens de l'accomplir.
Ne pas avoir les moyens de bien faire son boulot, c'est aussi une source de stress immense.
Exemple: Dans mon service, rien que la guerre en Ukraine a eu pour impact d'augmenter notre charge de travail de 600%: le premier mois de la rentrée, nous avons traité autant de dossiers d'accueil que durant les 6 mois précédents.
Moyens supplémentaires dégagés: 0. En fait, un demi-poste a même été supprimé. Pourquoi? Parce que.
Et comme notre directrice a craqué l'année dernière et démissionné, son poste non plus n'est pas pourvu, donc on se tape aussi son boulot. On se demande bien pourquoi ça n'attire pas les foules, un poste de cadre rémunéré 1700€ brut, à Annecy (prière de fournir son véhicule pour des déplacements sur toute l'académie)?
A côté de ça, les missions prioritaires s'empilent les unes sur les autres, multipliant les intermédiaires inutiles et nuisibles, chaque ministre y rajoute sa patte pour rentrer dans l'histoire, mais l'état de santé psychique des gamins est épouvantable après deux ans de confinement, le décrochage scolaire explose vraiment, et se consacrer à sa mission essentielle n'est plus qu'une petite tâche anecdotique dans cet océan d'injonctions et d'urgences.
Le pire est que la multiplication des espaces numériques de travail, qui ne s'est jamais accompagné d'une définition du temps numérique de travail, font que ta journée de boulot n'est jamais finie et que le temps de traiter un message, trois autres sont arrivés. C'est infini et dévorant.
Tout ceci fait qu'au final, en travaillant dans le service public, faute de moyens, tu es contraint à devoir choisir entre le service et le public.
Si tu fais allégeance au premier, une grande carrière s'ouvre à toi tant que tu ne fais pas de vagues et acquiesces sans discuter aux ordres.
Si tu t'obstines à servir l'intérêt du public en priorité... quelle drôle d'idée!
Pas étonnant que le quiet quit et le act your wedge fassent de plus en plus d'adeptes. La tendance va en s'accentuant, elle est déjà passablement problématique en milieu hospitalier ou dans l'éducation nationale, mais ça va aller en s'amplifiant.
La Bullet est ma moto du quotidien.
Non, ça ne veut pas dire qu'il y a un article dans le journal à chaque fois qu'elle démarre.