Salut,
quand j'étais môme, on partait en vacances en camping avec mes parents, dans l'Ami-6 familiale. En route, on s'arrêtait dans les camping municipaux, y'en avait partout, souvent aménagés près ou dans l'enceinte du stade (généralement un terrain de sport) ou près de la rivière quand y'en avait une. Dans ce cas, c'était sûrement une zone inondable, mais le camping n'était ouvert que l'été, à la saison sèche.
C'était pas cher et les équipements se limitaient à un bloc sanitaire en béton ou en parpaings, avec des chiottes à la turque et quelques pommes de douches sortant d'un tuyau, avec une tirette au bout d'une chaînette. Les campeurs se démerdaient entre-eux : on s'échangeait parfois un peu de beurre, du café, du produit à vaisselle et quand c'était sympa, l'apéro.
Le gardien était un employé municipal et il passait le matin relever les nuitées et faire l'entretien des sanitaires et des poubelles. En général, y'avait pas de barrières, ni de digicodes, ni de mini-market, pas de snack... le boulanger du coin passait le matin vers 9 H, un coup de klaxon et on venait lui acheter le pain et des croissants.
Simple et pas cher ! L'avantage sur le camping sauvage, c'est l'eau potable à volonté et des sanitaires pour se laver le cul.
Avec la concentration en communautés de communes, les frais annexes des mairies, les autoroutes qui permettent de traverser la France en une journée et la généralisation des camping-cars, ces petits camping ont disparu du paysage et c'est bien dommage.
Ceux qui restent, par intérêt économique saisonnier pour la commune, ont été mis en gérance et sont devenus "privés".
Pour s'en sortir, les gérants installent un snack, une aire de jeux pour enfants, ils modernisent les sanitaires et maintenant, ils proposent des mobil-home, des chalets, des emplacements pour camping-cars et les prix ont été multipliés par dix. Souvent, faut réserver à l'avance, les gérants veulent planifier leur saison, réduire leurs coûts, passer les commandes de sacs à frites surgelées, c'est normal.
Pour rentabiliser l'espace, il y a plus d'emplacements (avec prise électrique !), mais ils sont serrés et forcément, y'a les meilleures places, à l'ombre et loin de l'aire de jeu et les moins bonnes, quand t'arrives à l'improviste... là, c'est contre le mur des chiottes, dans la poussière, sous le réverbère allumé toute la nuit et en plein cagnard.
Le tout s'accompagne d'un site Internet et hop, c'est parti pour les réservations en ligne, le référencement, les coordonnées GPS, le code WI-FI, le smartphone, les QR-codes et ses appli et toute cette chienlit de modernisme et de gadgets rassurants... ce que j'appelle les "doudous numériques".
Les gens ne sortent plus diner dans le village (puisqu'il y a un snack sur place) et tout-un-chacun a tendance à reproduire ses petites manies pavillonnaires, à juger le voisin, ses mômes, sa femme, sa bagnole... ou a rester tanqué des heures sur son ordi portable, le cul dans la chaise Déctahlon Quechua.
Et comme les gens veulent de la "sécurité", paf, installations de barrières à digicodes, cartes magnétiques numérotées et confiscation de la carte d'identité à l'accueil pour la durée du séjour.
En vacances, je ne peux pas sacquer ça ! J'ai horreur de montrer mes papiers, j'aime pas poireauter plus de 10 secondes devant une barrière qui ne se lève pas (comme à Florac l'été dernier). C'est pas que je sois pressé (j'suis en vacances), mais les barrières et un concierge qui surveille tes allées et venues, ça me file des boutons !
Un bon "camping à l'ancienne", ça se découvre au p'tit bonheur la chance, presque par hasard, mais pas tout à fait... ça se flaire, y'a des indices préalables à détecter en arrivant dans le coin, ça se transmet de bouche-à-oreille.
Ça ne marche pas toujours, mais quand c'est bien, on s'en rappelle longtemps et ça devient de beaux souvenirs.
Mais ça ne se trouve pas sur Internet ou une carte Gogole.
