Messagepar PRYT » 11 janv. 2015, 15:44
Je suis Charlie...et je ne suis pas Charlie
Je suis Charlie dans l'esprit car je suis athée, préférant m'efforcer au bonheur sur cette terre plutôt que de l'espérer après ma mort.
Je ne suis pas Charlie s'il faut m'allier à tous ceux qui aujourd'hui « compatissent » ( pour ne être mis à l'index de la foule assemblée?) mais qui l'ont toujours vilipendé ;
Je suis Charlie parce que j'ai souvent lu le Canard, Hara Kiri, Fluide Glacial et Charlie, en riant sans à chaque fois partager pleinement leurs saillies.
Je ne suis pas Charlie s'il faut me ranger aux côté de ceux qui pleurent aujourd'hui mais qui se rangeaient habituellement parmi leurs contempteurs.
L'événement qui vient de se produire nous reportent plus d'un siècle en arrière. Il faut avoir la curiosité d'aller chercher dans les archives les traces des combats anticléricalistes du 19ème siècle pour voir que l'obscurantisme que nous reprochons aujourd'hui aux assassins de Charlie était une sorte de norme à l'époque. La violence des propos, d'un bord et de l'autre, les appels aux meurtres, n'étaient pas rares.
Nous nous sommes sortis de dix siècles de religion dévoyée – croisades, inquisitions- d'abord par 1789 (même si dans un réflexe du genre « chassez le naturiste il revient au bungalow » on a eu la tentation du culte de l'être suprême) et puis par la troisième République et sa loi sur l'éducation, république qui soit-dit en passant n'était pas précisément de gauche, voir Jules Ferry. Ce dernier, adversaire de la Commune de Paris, est resté connu pour la mise en place de l'enseignement obligatoire, gratuit et LAÏC. Peu se souviennent, ou savent, qu'il a été aussi un fervent partisan du colonialisme. Pour donner une conscience univoque de la nation, les hussards noirs de la République ont « francisé » les campagnes, étant persuadé qu'ainsi ils donnaient une chance à tous de grimper dans l'ascenseur social, ce qui s'est avéré. Et c'est une bonne chose. N'oublions pas que l'extrême-droite européenne a toujours favoriser le régionalisme, et leurs langues, pour tenter de faire éclater les nations. La France, quasi unique représentante du droit du sol, a toujours été attaquée sur ce terrain.
La suite de l'histoire, la loi de séparation DES églises et de l'état de 1905, l'assassinat de Jaurès, la « revanche » de 14, suivie de la « revanche » de 39-45, entre temps la Cagoule puis la collaboration, nous ont conduit en mai 1968 à faire éclater autant de carcans.
Mais l'homme, toujours naïf (il est interdit d'interdire), au nom de principes humanistes, a ouvert la boîte à Pandore. En affirmant le droit à la différence, qui est tout à fait légitime dans le privé, en l'institutionnalisant, en permettant (pendant au moins deux décennies) sous prétexte « d'une autre culture » la polygamie, la porte a été ouverte au communautarisme et à ses exigences contraires à nos principes.
Rappelons-nous l'adage de Rome : « si tu vis à Rome, tu vis comme un Romain ». Rome qui n'a jamais interdit aucune religion des peuples conquis, leur demandant seulement de croire aussi en leur dieux, et en César.
Chez nous, aujourd'hui, nous demandons seulement aux gens d'autres cultures, d'autres religions, que nous accueillons, de se conformer en tout lieux et services publics aux lois laïques qui nous rassemblent.
Pouvons-nous tolérer aujourd'hui qu'au nom d'une religion, un individu exige des consultation spéciales dans nos hôpitaux ? Ou bien des horaires spéciaux dans les piscines ? Ou bien des exemptions de cours de gym ou d'éducation sexuelle pour les filles ? Etc…
François Morel a rappelé dans son billet sur France Inter vendredi dernier une anecdote que Charb lui avait rapportée : un soir, voulant prendre un taxi conduit par un barbu, il a été reconnu, interpellé par le chauffeur qui a rameuté ses collègues, et il a du s'enfuir. Ce comportement intolérable montre que la gangrène n'infeste pas seulement l'esprit de quelques extrémistes soumis mais aussi celui de nombreuses personnes encore peu éduquées pour lesquelles la laïcité et la liberté de pensée sont des enfants du diable.
Encore que de nombreux fondamentalistes chrétiens soient très éduqués...c'est à désespérer.
Pourquoi tant de gens ont-ils besoin des béquilles de la religion pour marcher ? La peur de la mort est-elle si terrible qu'il faille se raccrocher à ces branches incertaines ? À tout prix ?
En dépassant le fait strictement spirituel, nous n'oublions pas que depuis toujours la religion a été instrumentalisée pour dominer des masses exploité à des fins politiques : Clovis et Saint-Rémi, l'alliance du sabre et du goupillon.
Et que donc la France est donc visée dans cet attentat comme un porte-drapeau d'un système de penser visant à contrecarrer cette fin...encore que…. du point de vue économique, je ne vois pas beaucoup de nos concitoyens s'opposant à la pensée unique, la nouvelle religion qui détruit l'ouvrier et ses outils chez nous, avant de les détruire ailleurs. Nous en connaissons tous beaucoup d'adeptes et même de fervents zélotes (au sens laïc du terme).
Nous avons devant nous beaucoup de boulot en matière d'éducation, de fermeté dans nos principes et de vigilance pour les faire appliquer, de mise en questionnement de nos politiques, de remises en cause de certaines alliances économiques avec des pays qui financent et forment le terrorisme qui veut nous abattre.
Ils sont morts pour des idées, mais pas de mort lente, hélas....Ne laissons pas assassiner lentement nos idées.
"« Le gros mono : un générateur de bonne humeur à basse fréquence ». Guido Bettiol