Messagepar Marco » 18 sept. 2024, 22:37
Moi aussi je me suis intéressé à la guerre de 14... j'ai eu les mêmes lectures que l'ami Jadis-en-hiver auxquelles j'ai ajouté les excellentes BD de Tardi, sans oublier "Le feu" d'Henri Barbusse qui est peut-être le plus intense.
Quand j'étais troufion en Allemagne, nous étions partis en manœuvres à Suippes, sur des terrains appartenant à l'armée depuis 1918, des endroits où sillonnaient les lignes de front (et donc les tranchées) et jamais rendus aux activités civiles, forestière ou agricoles... ça m'avait très impressionné : la nature avait repris ses droits, mais le terrain était resté tel qu'en 1918. En 1985, on y trouvait encore, rien qu'en se baissant, des éclats d'obus, des chevaux de frise rouillés, des bouts de gamelle, des balles, parfois deux balles ennemies fichées l'une dans l'autre, c'est dire l'intensité du feu. Certaines parties de végétation étaient jaunes des restes de l'ypérite ayant pollué la terre pour des dizaines et des dizaines d'années.
Le terrain était tout retourné, criblé de cratères que la végétation revenue ne masquait pas.
Et puis plus tard, j'ai visité Verdun, le fort de Douaumont, la forêt de Craonne et celles de l'Oise et de l'Aisne, autour de la Caverne du Dragon... comme Jadis-en-hiver, j'ai arpenté les cimetières militaires et leurs croix à perte de vue sous lesquelles sont les restes de pauvres gars qui n'ont jamais fêté leurs vingt ans.
J'ai souvent pensé à ces sacrifiés voués à la boucherie dans ces tranchées boueuses rendues infectes par les millions de cadavres, la merde, la pisse, les rats, les poux et l'eau putride... j'ai comparé l'inconfort d'une simple nuit de bivouac à la belle étoile sous la pluie, en vacances, avec du matériel performant, à ce que les Poilus ont enduré quatre années durant, parfois quinze jours de suite dans la flotte ou le gel en attendant la relève, dans le bruit incessant de la canonnade, la peur dans l'attente d'un assaut imminent que tous savaient inutile et mortel et l'incertitude d'une existence gâchée par des politiciens pourris et de gras généraux cacochymes et obtus jouant à la guerre dans leurs châteaux, loin du front.
Qu'aurais-je fais, si par malheur, j'avais été de cette génération là ? Aurais-je été la grande gueule et l'insoumis que j'ai toujours été en temps de paix ? Aurais-je été lâche, juste trouillard, courageux ou simplement résigné au fatalisme de ces temps absurdes ?
On ne peut pas savoir... mais on peut y penser.
Le pire, c'est que depuis la nuit des temps, les politiciens n'ont rien appris et tout recommence... ailleurs et peut-être un jour, ici.
Je suis la mauvaise herbe, c'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe, je suis la mauvaise herbe, je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés. (G. Brassens)
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