fab le motard a écrit :leurs actions sont critiquables sur certains points, mais amènent aussi des sujets sur la tables des débats.
Il y a ceux qui éteignent les néons des commerces en villes
il y a plein d'autres actions interessantes
Bof.
J'écoutais hier des militantes suisses qui agissent pour la rénovation thermique des bâtiments en bloquant des autoroutes.
Déjà, j'ai un peu de mal à voir en quoi bloquer le trafic permet de rénover un bâtiment, si ce n'est en colmatant les fissures des bâtiments avec des suies issues des bouchons engendrés?
Ensuite, leur argumentaire était un gloubi-boulga certes bien appris et bien récité, mais dont il était évident qu'elle ne maîtrisaient pas la base des connaissances ayant servi à leur élaboration et qu'elles étaient incapables de contextualiser ou d'estimer des ordres de grandeur.
C'est ainsi qu'on a appris que la rénovation thermique des bâtiments allait créer des centaines de milliers d'emplois dans le pays (sachant que le secteur de la construction, en Suisse, emploie 35 000 personnes pour une population active de 5 millions et a les plus grandes difficultés à trouver des candidats, il va falloir se pencher sérieusement sur des capacités de formation et de recrutement et réouvrir très largement les frontières à l'immigration!

), que la hausse du niveau des mers menaçait le pays (dont le point le plus bas, au Lac Majeur, est situé à 193 m. d'altitude, soit 190 plus haut que la hausse maxi possible du niveau de la mer dans les 2000 années à venir compte tenu de l'eau disponible sur la planète), qu'il y a plus d'insectes et que, bien entendu, il était urgent, urgent, urgent d'agir.
Heureusement que face à ces approximations, ces militantes avaient une solide base scientifique: "ma soeur est enseignantes en sciences de la vie, elle me raconte des fois des trucs, ça fait peur."
Ah. Bon. Voilà une source sérieuse, je suis rassuré.
Mais bon, tout ça, c'était pas vraiment le problème. Ce qui compte, c'est alerter, éveiller les consciences.
Comme si on avait encore besoin d'être informés du problème, et comme si informer permettait de faire changer les comportements.
Or, ces très motivées militantes se heurtent à un obstacle particulièrement solide: donner des informations, alerter, ne permet globalement pas de faire évoluer les comportements. C'est une croyance répandue, mais qui repose sur un modèle théorique très peu efficace. Pour ceux qui ont vu "Don't look up!", ça illustre très bien ce phénomène de résistance au changement avec, au mieux, la prise en compte d'une opinion alternative ou contradictoire à la sienne, qui pourrait au mieux faire évoluer sa propre opinion, mais sans aucun impact sur le comportement effectif.
Ce qui fonctionne bien mieux pour faire changer les comportements, c'est d'agir d'abord sur le comportement, puis de laisser les individus accorder leur opinion au comportement qu'ils ont émis, ce qui va ensuite, en interne le cristalliser et le faire évoluer comme étant normal.
A condition que ce comportement initial, l'amorce, soit librement consenti à la base (ou avec le sentiment d'être librement consenti), qu'il soit couteux (ou problématique) et qu'il soit de la même catégorie que le comportement qu'on aimerait voir apparaître ensuite.
Or, ce genre d'action, si elle est couteuse pour ceux qui se retrouvent coincés dans les bouchons, est imposée et donc absolument pas librement consentie. Il n'y a donc aucune chance pour qu'elle aboutisse à un changement de comportement et qu'à l'issue de la manif, les citoyens se ruent sur leur téléphone pour faire faire un devis de rénovation thermique, puisqu'il n'y a aucun rapport entre être coincé dans un bouchon et rénover sa maison.
Idem avec toutes ces actions visant à accroitre la visibilité médiatique d'un groupe: c'est très efficace pour faire parler sa cause, mais complètement inefficace pour y faire adhérer les gens qui n'y sont pas spontanément favorables.
Et, quand on commence à faire chier les gens pour éveiller leur conscience contre leur gré, on a par contre beaucoup plus de chances de renforcer leur opposition.
Personnellement, j'estime que plus ces actions de vandalisme (artistique en particulier) se produisent, moins je soutiens la cause qui est défendue.
Pour en revenir à mes militantes suisses bien intentionnées, il était frappant de constater le parallèle de leur argumentation avec celle utilisée par les jihadistes et fascistes de tout poil (enfin, surtout les jihadistes poilus, les fachos sont pas très poils, plutôt branchés four).
Elles s'étaient auto-investies (on peut investir dans l'auto quand on est militant écolo? C'est pas haram, ça?) d'une mission d'évangélisation, pour défendre une cause qui doit s'imposer à tous, indiscutable, infalsifiable, inopposable, (mais basée sur une interprétation très floue et déformée des faits), mettant en exergue un danger imminent pour couper court à toute temporisation ou réflexion, ce qui, associé à la justesse de leur cause, leur confère une immunité absolue car elle se sur-impose à toutes les autres valeurs et normes et justifie la désobéissance civile.
Si je frissonne, ça n'est pas juste parce que ma maison est mal isolée (il faudrait faire des travaux, c'est pas l'envie qui me manque, c'est juste le fric pour, mais plus le climat se réchauffe, moins c'est nécessaire...).
C'est en songeant à ce que donnerait l'hybridation du militantisme écologique avec l'intégrisme religieux ou fasciste, ce qui ne manquera pas de se produire dans le siècle à venir étant donné que ceux qui sont séduits par l'un seront tout aussi séduits par l'autre.