Messagepar Marco » 02 juin 2008, 17:07
Opinion toute personnelle : l'emploi d'un GPS me semble incompatible, dans l'esprit, avec l'usage d'une Bullet. Je préfère la carte routière (pleine de petits routes et plus d'infos, genre rivières, altitude, forêts) glissée pliée au bon pli dans le blouson. ça oblige à s'arrêter, à déchiffrer des noms de patelins bizarres, c'est comme une sorte de vue d'avion du paysage... Alors que la lecture d'un écran de GPS donne un effet de zoom sur la route qu'il suffit de regarder en vrai car elle se déroule devant soi. Le GPS resserre l'horizon, la carte propose une lecture globale propre à laisser aller son imagination.
Subjectivement, le GPS "rassure" le quidam qui "croit" qu'il ne va plus se perdre. Mais il se coupe ainsi de l'aventure, de l'inattendu, de la découverte. La carte me met en relation avec le paysage, elle confine à transcender mon humanité, à ressentir mon "moi cosmique", elle me fait ressentir l'harmonie du Monde. Elle est au tam-tam universel de la brousse ce que le GPS est au téléphone portable, sorte de prothèse technique résultante d'un "besoin" créé par le marketing à l'attention de l'homo-consomateurdus qui réduit son existentialité au fait d'acheter un gadget du dernier cri. Le GPS, c'est la musique mise en boîte, celle qu'on ne peut entendre que grâce à des appareils électriques... La carte, c'est la guitare en bois d'arbre qui sonne et vibre un beau soir d'été, avec des amis, aux lueurs d'un feu vif et clair, plein d'odeurs de sève et de crépitements joyeux.
La carte, c'est ce qui te fait levez le nez pour savoir où est le Nord, te faisant ainsi scruter la nature comme le faisaient nos ancêtres depuis des temps immémoriaux. C'est comme autre-chose que cette ridicule petite flèche digitalisée sur un écran à la con, non ?
Et puis à l'arrêt, le GPS, faut penser à l'enlever quand on s'éloigne, par crainte du vol, prolongeant ainsi l'idée entretenue dans les médias que la multitude qui caractérise l'humanité est une potentialité ennemie...
Quand je descend de ma bécane pour m'offrir un café, dans un rade au milieu de nulle part, perdu ou pas, il arrive que ma carte tombe du blouson quand je l'ouvre en me mettant à l'aise au comptoir, observé par les croquants du coin qui viennent de cesser leurs conversations mais que je sens brûlants de curiosité à mon égard, un peu jaloux même de l'idée de liberté et d'indépendance que je symbolise en faisant ainsi irruption dans leur quotidien. Alors, la carte est encore un prétexte à lier conversation, que ce soit de mon initiative ou de la leur. Et si je n'ai rien à dire ou pas envie de causer, en sirotant mon café, la carte m'offre encore à lire, à imaginer la suite du voyage, à rêvasser...
Je sais, des cartes, il en faudrait des dizaines... bin justement, j'en ai plein mes tiroirs, je les sors dès que j'imagine et prépare mes itinéraires, la moindre destination, grâce à la carte, prend les couleurs du "Voyage"
Toute une poésie dont le GPS est incapable !
Et puis faut se battre avec une carte pour arriver à la replier et le bonheur est aussi fait de ces petites victoires que l'on s'octroie au quotidien.
Mes cartes sont rafistolées, annotées de points remarquables, de coordonnées de copains chez qui je suis allé ou je vais passer (hein Patof ?). Certaines m'ont réchauffé par-dessus le pull, il a fallu en faire sécher d'autres (c'est très solide, une carte). Un carte, c'est quelque-chose que l'on s'approprie, qui devient soi et qui te mets en relation avec les autres.
D'accord, c'est un peu capilotracté comme argumentation... Mais cette poésie que j'évoque, ne la ressentez-vous pas vous aussi puisque vous avez choisi de rouler en Bullet, cette moto qui ouvre la porte de la marge des sentiers battus, cette nuance un rien libertaire qui vous fait préférer les chemins de traverse ?
Alors camarades et amis Bulletistes, ne vous laissez pas entraver par les sirène d'un pseudo progrès : jetez aux orties vos GPS comme vous avez renoncé aux quatre-cylindres aseptisés et aux autoroutes sans âme.
Résistez !
Je suis la mauvaise herbe, c'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe, je suis la mauvaise herbe, je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés. (G. Brassens)
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