Royal-Enfield ou Enfield-India ?

vendredi 9 novembre 2007
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Pour Marco

À l’origine, Royal-Enfield est une marque anglaise ayant produit des motos en Angleterre, à Redditch, de 1902 à 1970. Ce nom provient de la fusion d’une manufacture royale d’armes (d’où le mot Royal) et d’un fabriquant de machines à coudre et bicyclettes basé près de la petite ville d’Enfield.
Lorsque le gouvernement indien commence à assembler des Royal-Enfield Bullet à Madras en 1955, il favorise la construction d’une petite usine de montage pour laquelle est constitué une société nommée Enfield-India Limited (ou quelque-chose de ce genre). Puis, ils se mettent à fabriquer carrément les Bullet, ayant récupéré l’outillage en provenance de Redditch parce de ce côté là, au milieu des années ’60, ça commence à sentir le chômage et son cortège de misères. En 1970, terminé : Royal-Enfield ferme ses portes. C’en est fini des Bullet anglaises.
En Inde, les Enfield Bullet sont destinées aux flics et aux militaires et après, quand ils en ont les moyens, aux civils. L’usine de Madras a grossi et Enfield-limited fabrique aussi des vélos, des pétochons à moteur 2T, des frigos et tout un tas de trucs certainement indispensables à la cuisson, la découpe et la conservation des chapatis au fromage.
Au milieu des années ’70, quelques Bullet (Enfield-India) sont exportées vers l’Angleterre pour satisfaire des demandes de nostalgiques et de traditionnalistes. En France, un importateur se signale en 1989, on a toujours affaire à des Enfield-India et ce sont toutes des 350 cm3 inspirées du modèle Bullet de 1949 pour le cadre et 1959 pour le moteur. La Bullet indienne est donc un modèle tout à fait spécifique, n’ayant jamais existé ainsi en Angleterre.
Toujours à Madras, au début des années ’90, une version 500 cm3 (essentiellement destinée à l’export) est élaborée à partir de la 350.
En 2000, la firme Enfield-India Ltd récupère le droit d’apposer le nom de Royal-Enfield sur ses Bullet. C’est quand même un peu plus classieux, Royal, tu penses… Rien qu’avec ce mot, on fait des émissions de télé, chez nous, alors t’imagines. C’est comme "couscous royal" : pour justifier le prix plus élevé, t’as une merguez en plus dans l’assiette, mais la semoule et les pois chiches, c’est toujours les mêmes !
M’enfin, c’est pas pour casser les rêves, mais une Bullet "Royal-Enfield" post 2000, c’est d’abord une Enfield-India, une Enfield tout court.
Les snobs peuvent aujourd’hui évoquer les VRAIES Royal-Enfield, donc fabriquées en Angleterre jusqu’à la fin des années ’60 et les FAUSSES fabriquées ensuite en Inde, généralement considérées comme des avatars tiers-mondistes pour baba-cool attardés et autres "mange-merde" trop sinistrés économiquement pour foutre 10 000 € dans une Norton Commando. Suivant la même logique à l’emporte-pièce et afin de mépriser les méprisants, on peut désormais parler des VRAIES "Enfield", celles fabriquées en Inde entre 1955 et 2000. Et toc !

pour Nelska

La Bullet 500 cc "Redditch" telle que nous la connaissons (suspendue) a été fabriquée pendant 10 ans en Grande Bretagne de 1952 (début commercialisation en 1953) jusqu’en 1962 (avec le modèle "Big Head").
La Bullet 350 cc "Redditch" fut conçue en 1948 (protos trial) et commercialisée de 1949 à 1962.
Le début des années soixante est le début d’une lente et inéxorable "descente aux enfers" pour l’industrie motocycliste anglaise et US face au péril jaune du soleil levant...

Les premières 350 cc Bullet "India" export furent importées en 1977 en angleterre par les frères Slater.
Les premières 500 Bullet India furent fabriquées en 1988 à Madras et les exportations vers l’Europe débuteront dès l’année suivante. La 500 était uniquement destinées à l’export à cette époque...

Pour résumer :

- il existe d’authentiques Bullet "Redditch" en Inde : ce sont les premières importées et montées entre 1953 et 1960 mais assemblées par des Indiens (chiffres non connus),
- l’assemblage de 350 cc Bullet en Inde débute en 1955 alors que parrallèlement, la production anglaise perdure jusqu’en 1962,
- il n’y a pas de production de 500 cc Bullet de 1963 à 1988 (c’est fini en angleterre et pas encore commencé en Inde). Donc les jolies 500 cc Bullet "collection" importées et milésimées entre 63 et 88 sur E Bay ont bien des cartes grises "exotiques"... pourtant acceptées sans problème par la FFVE... Wink

source : "Royal Enfield The Postwar Models" par Roy Bacon et "Royal Enfield : une légende vivante" par Dirk W. Koster.

Quelques petites précisions pour compléter l’excellente explication de Marco :

Pendant la seconde guerre mondiale, les Indiens importaient déjà des Royal Enfield "pre war" ainsi que des Norton et des AJS entre autre.
Au début des années 50, après avoir acheté pour tester plusieurs Bullet G2 anglaises (suspendues) , l’armée commande 800 Bullet G2 350 cc à l’usine de Redditch qui seront importées en kit et montées à Madras pour réduire les droits de douane.

La Bullet ayant fait ses preuves auprès des militaires sur le terrain et dans la perspective d’un marché grandissant, en novembre 1955, la production de Bullet "India" sous licence débute pour un quota envisagé de 5000 exemplaires/an.
En 55, les 163 premières Bullet supplémentaires destinées à l’armée seront assemblées à Madras (pièces fournies par l’usine de Redditch).
Un réseau de quelques revendeurs Indiens est parallèlement créé et les premières Bullet destinées au marché civil seront commercialisées dès 1956.
Dès 1958, le réseau de revendeurs comprend 91 agents partenaires. Dès 1962, une bonne partie des pièces de Bullet sont fabriquées en Inde et en 64, la plupart des sous-traitants sont installés à proximité de l’usine. Les perspectives du marché indien sont énormes et les chiffres de productions observés oscillent entre 8000 à 12000 machines par an entre 57 et 62...
La fin des années 60 et les difficultés de l’usine de Redditch pose de gros problèmes aux Indiens pour l’approvisionnement des pièces encore importées d’angleterre. La chasse pour dénicher d’autres fournisseurs sera lancées en angleterre jusqu’à mi-68 où l’usine de Madras sera presque totalement autonome (sauf les bielles fournies jusqu’en 76 par un spécialiste anglais).

Ensuite, c’est l’aventure Indienne que nous connaissons avec des pics de production aux alentours de 25000 machines en 1985...

Source : "Royal Enfield Une légende Vivante" de Dirk. W. KOSTER


Commentaires

mardi 3 septembre 2013 à 11h03

Petite inexactitude, souvent colportée depuis des années : Royal Enfield n’a jamais fabriqué d’arme.
La Eddie Manufacturing, qui avait racheté la Townsend Cie fabriquant d’aiguilles et de bicyclettes en 1890, adopta le nom de marque "Royal Enfield" pour ses bicyclettes après avoir conclu un contrat financièrement salvateur de fourniture de pièces avec la Royal Small Arms établie dans la banlieue de Londres à Enfield.
La Townsend originellement établie à Hunt End, hameau proche de Redditch, ville où l’usine s’installa en 1898, en adoptant comme nom de société "Enfield cycle Company", nom et adresse qu’elle gardera jusqu’en 1967.
Le moteur (l’embiellage) de la 350 I ndia, n’a pas grand chose à voir avec celui de la 350 Redditch 1959, il suffit de voir l’intérieur des carters et les roulements vilo qui sont hélas pour l’indienne, restés ceux de la 350 anglaise 1953/55.
La BV est le dernier modèle.
La polémique indienne/anglaise n’a pas lieu d’être puisque les indiennes sont vraiment d’origine anglaise.
Il faut simplement savoir qu’aucune des évolutions moteurs (embiellage, piston, carters coulés sous pression à Redditch) n’a été "donnée" à Madras qui a hérité des gabarits des vieux cadres et des vieux moules de carters.
La 500 tourne donc sur un embiellage de 350 1954, alors que la bielle a été élargie avec un maneton plus long, comme en Angleterre en 1957 !!! Trop cher certainement de refaire des fonderies de carters vilo adoptant l’embiellage de la 500 anglaise.