LES BERURIER AUX INDES (SUITE ET FIN) (par Captain Bertie)

vendredi 11 novembre 2011
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CHAPITRE TROISIEME

La Route la plus haute du monde

Maman tricotait une cinquantième écharpe pour Béatrice et je m’apprêtais, à cette heure de la sieste, à entamer les œuvres complètes de Marguerite Duras lorsque le Gros a déboulé, un paquet de photos à la main :

- Antoine, faut que j’t’essplique comment, aux Indes, j’ai attrapé la chtouille sans emmener Popaul au cirque.

C’est pas en disputant mon petit déjeuner aux mouches

ni en buvant, sur le bord de la route, des jus de fruit aux amibes

c’est à Rishikesh, près de la source du Gange

alors que BB faisait la cour au maharadjah du coin

(non sans espoir d’obtenir les avantages allant avec)

que j’ai voulu imiter les pèlerins qui se purifiaient dans le fleuve-dieu (et, au passage, en prélever quelques décilitres)

et que j’ai imprudemment immergé le Petit Chose et les Deux Orphelines

Résultat, 48 heures après, il fallait que je m’arrête toutes les dix minutes pour pisser des lames de rasoir

Et Alexandre-Benoît d’ajouter, fiérot :

- mais ça ne m’a pas empêché, à Leh (Ladakh), de faire la Route la plus haute du monde !
- Mais je croyais que vous y étiez allés en avion ?
- Un peu mon neveu mais, une fois sur place, j’ai pu louer une Royal Enfield 350 cc


et emmener Berthe visiter la vallée de l’Indus

(ça c’est pas l’Indus, c’est la route à côté de l’Indus)

enfin, quand les conditions n’étaient pas trop difficiles…

Ils s’emmerdent pas, au Ladakh, les loueurs de motos : celle-ci

n’avait pas de feu stop, pas de phare, pas de feu arrière ; son filtre à air était débranché du carburateur et si le frein avant (un tambour double came) bloquait la roue à l’arrêt, empêchant toute manœuvre, une fois en marche il ne ralentissait plus rien ; j’ai donc réparé ce que je pouvais et obtenu du loueur qu’il règle le frein, ce qu’il a fait en m’assurant "this is the most reliable bike of the whole Ladakh ; it will bring you to the end of the world".

De fait, le lendemain matin au petit jour, le feu à la queue et l’espoir au cœur, je suis parti, sans la Berthe cette fois-ci, pour le col de Khardung

et, après avoir fait viser mon permis au dernier check point

par un militaire en maillot de corps dans un sac de couchage (il paraît que c’est une route stratégique d’où la nécessité d’obtenir – moyennant quelques centaines de roupies- une autorisation pour la prendre), j’ai attaqué les lacets, asphaltés tout d’abord, puis en terre

et enfin en glace

glace sur laquelle je m’ai d’ailleurs cassé la gueule sans autre dommage qu’un repose-pied tordu que j’ai redressé à coups de pierre grâce aux cours de mécanique du docteur Jacques D.et de Jackymoto, des potes à moi que tu ne connais pas.

Et c’est comme ça que, sur les couilles de 9 heures, 9 heures moins le dard, je m’ai retrouvé, les mains gelées mais Coquette toujours aussi chaude, à 18.380 pieds (5.602 mètres) au Khardung La ousque j’ai rendu hommage à deux collègues à nous, le Grand Patron, dit aussi "le Vieux" ou "le Patron", et le commissaire Ivan Verdoff (qu’a franchouillé son nom en Yvan Verdeau), dit Ouralman.

- Mon pauv’ Gros, lui ai-je répondu, t’es vraiment un loser : la route Manali-Leh , morceau de bravoure de ton voyage, tu l’as faite en avion et si tu vas sur Wikipedia (version anglaise) tu verras que le col de Khardung culmine à 5.359 mètres ; l’on dit d’ailleurs qu’il y aurait au Tibet des routes carrossables encore plus hautes ; mais le Tibet étant sous domination chinoise…

L’Enflure a alors eu l’une de ces réparties qui font que je n’arriverai jamais à le considérer comme totalement abruti :

- San A, t’as rien compris, la Route la plus haute du monde, c’est pas un ouvrage de génie civil, c’est de la poésie et, comme l’a dit Nicolas Bouvier, "la poésie est là pour corriger les erreurs de Dieu".

FIN

Commissaire San-Antonio
"Les Bérurier aux Indes" Editions Fleuve Noir

PCC Captain Bertie

POSTFACE


Commentaires

Logo de deloraine
dimanche 27 juillet 2014 à 14h23 - par  deloraine

bonjour captain
Super ton voyage et ta prose !!!
Sommes couple (110ans) et partons au KERALA et KARNATAKA pendant un mois en dec et janvier prochain. on pense louer une RE 500 solo.
On prend tous les avis et conseils et les tiens nous seraient très utiles..
mon mail : deloraine@wanadoo.fr
à bientôt si le coeur t’en dit..
cordialement
philippe et véro

PS:en france on roule en R.E. attelée à un black-pearl

vendredi 24 août 2012 à 16h42

Si tu aimes les pastiches en voilà un autre : http://www.royalenfieldlesite.com/spip/spip.php?article508

Bonne lecture !

Captain Bertie

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vendredi 4 mai 2012 à 18h18 - par  doum

Je viens de comprendre le pastis ... je veux dire le pastiche ...
vous devriez écrire 150 pages, les agrémenter de photos, et publier au fleuve noir !!!
je suis "habitué" de l’ Inde, bien que je ne connasse pas le Ladaque, je reviens juste du Sud -où j’avais loué une RE pour faire une balade dans un "wild life sanctuary , mais Ctait dans l’Etat de Goa ... sinon pour le Nord, nous sommes allés moi et ma moukère jusqu’à Darhamsala , petites routes sympas et meurtrières ...
Salut mon poto