Virée Tyrolienne d’une Bullet Indienne

par AlainDien
samedi 5 juillet 2014
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Il n’était pas évident de planifier cette virée en solo au Tyrol tant cela me paraissait loin et compliqué d’arriver là-haut avec mon Enfield.

Finalement, c’est grâce à une scrupuleuse préparation de l’itinéraire, que le projet sembla immédiatement plus accessible sachant que je ne disposais de 8 jours maximum pour faire l’aller-retour.

Une excellente petite tente, un bon matelas de sol et l’indispensable réchaud, m’ont permis une totalement autonomie, avec la possibilité de rouler parfois tard le soir quand les orages de l’après-midi ou le brouillard d’altitude freinèrent mon élan.
Parti Jeudi matin des environs de Bordeaux,

il fallait commencer par traverser la France,

ce qui m’a permis de découvrir les beaux départements de Saône et Loire, Jura et Doubs pour passer la frontière Allemande à Basel Vendredi après-midi.

De là, en passant par Lörrach j’ai franchi samedi matin un premier col : Feldberg Pass (1233m) au cœur de la très verte Forêt Noire,

pour aboutir à l’un des premier but de ce voyage : le magnifique lac de Constance et à la ville du même nom.

Ma Royal Enfield placée en pole-position sur le bac traversier (du lac de Constance)

déboula à Meersburg où je gouttais avec plaisir et modération, à une rafraîchissante Paulaner ! De là, si on n’a pas trop bu, on commence à voir les montagnes du Tyrol, ce qui me motiva à reprendre le guidon à l’heure supposée de la sieste pour grimper allègrement, tant le paysage est superbe, jusqu’ à l’Oberjoch Pass (1180m).

Je pensais alors avoir fait le plus dur, avant d’aller dormir dans les environs de Reutte,

avant d’être stopper net par un énorme orage de montagne… je me réfugiais courageusement dans un abri bus, où, sous les agréables sourires de deux charmantes touristes Danoises, je me réchauffais, en faisant chauffer de l’eau pour prendre un thé réconfortant !
La nuit sous la tente,

fût encore agitée…à cause de l’orage qui laissa place au petit matin à une pluie fine et persistante. Afin de ne pas trop gamberger, je décidai de partir tôt après avoir plié la tente détrempée. Vers 7:00 hr Dimanche, le « Royal poum poum » de mon Enfield retentissait dans cette belle vallée du Tyrol.
L’objectif du jour, était d’arriver en Italie où je pensais naïvement, trouver le soleil … avant cela je passais, toujours sous la pluie, par les jolies villes de montagne de Imst et Sölden pour aborder le col frontalier de : Timmeljoch (prononcez comme vous le pouvez)

aussi appelé Passo del Rombo (plus facile à prononcer) côté Italien…

Après avoir réalisé la moitié de l’ascension, le motard doit s’acquitter de la somme de 12 euros pour pouvoir continuer vers le sommet !
Le problème du moment n’était pas dans l’inattendu péage d’altitude, mais dans le thermomètre, qui ne cessais de descendre, au fur et à mesure que le « Royal équipage » montait vers la frontière Italienne désormais invisible, alors que le brouillard continuait de s’épaissir…

J’avoue maintenant, avoir songé sur le moment, à renoncer, tant le froid sur un équipement trempé me posa problème pour arriver au sommet ; d’où l’on ne voyait sans exagérer à peine à 5 mètres dans le brouillard opaque couvrait le col frontalier !
Heureusement, j’avais prévu dans mes bagages, en plus de la tenue de pluie, une paire de gants supplémentaire.

Cela me permis non sans mal, d’entamer la descente en collant au pare choc d’une Volvo de touristes Suédois, que je remercie encore de m’avoir supporté patiemment sur les 15 premiers kilomètres de la descente ; où, nous avons traversé de nombreux tunnels non éclairés à la chaussée bien dégradée…

A San Leonardo In Passiria, après une pause bien méritée, retour à l’optimisme car la pluie vient de cesser. J’en profite pour traverser, sans m’arrêter, l’attrayante ville de Merano et rejoindre au plus vite la vallée de l’Adige où le soleil joue à cache-cache avec les nuages en cette fin d’après-midi.

Mais déjà, je pense au lendemain, et à la montée vers le Stelvio que je ne peux aborder ’’tremper comme un baudet qui sort du torrent » je décidais donc de passer la nuit à l’hôtel afin de sécher les affaires et le … baudet !

La providence faisant bien les choses, je trouvais à Prato allo Stelvio au pied même du fameux col un hôtel tyrolien familial, recommandable à tout motard mouillé qui passe dans le coin, ou l’accueil sympathique me réchauffa immédiatement.

La nuit reposante fut torrentielle. Inquiet, j’étais debout Lundi vers à 6:00 et lorsque vers 6:30 les nuages s’évacuèrent, je découvrais avec stupéfaction qu’il avait abondamment neigé sur les hauteurs !

Encore plus inquiet, je descendais à la réception où le patron me voyant arrivé compris immédiatement mon souci en me disant : Il a neigé, le col est fermé il va falloir attendre, mais je vais téléphoner !

Alors que je prenais un excellent et copieux petit déjeuner, le patron revint vers moi m’annoncer les nouvelles fraiches : « il est tombé 20 cm au sommet, ils sont en train de déneiger, le col sera ouvert à partir de 10:00 » c’est avec un grand remerciement, et un gros ouf de soulagement que je terminai mon repas matinal.

Ensuite tout s’enchaîna comme dans un rêve : un « Auf Wiedersehen » à la famille d’hôteliers, les chaussettes qui sont sèches, les bagages bien arrimées, le moteur qui ronronne, la route magnifique qui s’élève, le paysage qui se découvre à chaque tournant, les motards et cyclistes qui convergent vers le même but, les arrêts photos tant c’est beau,

et enfin après un dernier « tornante » le sommet du Stelvio ; voilà j’y suis : c’est con mais je suis ému devant ce simple panneau, entouré par les chasses neiges qui effectuent un ballet d’été …

Mais déjà, les regards se tournent, les zooms s’allongent, les sourires s’affichent et les premières questions arrivent… en 5 minutes ma Bullet devient l’espace d’un instant la reine du Stelvio.

« Vous êtes venu de Bordeaux avec cette moto pour faire le Stelvio ?
- ben oui, c’est ça … pour le Stelvio, pour la route, pour les rencontres comme celle-ci, pour les paysages, pour le plaisir !
- Ah voilà, il a raison le Français avec sa moto indienne il profite au maximum de son voyage ! Et tu sais où tu vas dormir ce soir ?
- non pas encore, mais je ne m’inquiètes pas il y a toujours un camping, comme ça je me sens plus libre de faire la route comme je le sens, tu comprends ?
- Voilà, c’est ça le véritable esprit de la moto ; dit-il à ses copains : c’est la liberté de la route, c’est prendre son temps, pas besoin de machines à 150 chevaux si on ne vit pas le moment. Lui il est libre, et sa moto lui suffit pour vivre la route, le voyage et les rencontres comme il les rêve ! »

Toute cette conversation est authentique, je parle un peu et comprends l’Italien, elle a eu lieu au Stelvio avec un groupe de 4 motards italien roulant en GS et Tiger, elle m’a profondément touchée, je n’ai cessé d’y repenser toute la journée en roulant.

Ce motard aura résumé en deux phrases ce que je ressens confusément en voyageant avec ma Royal Enfield sans jusque-là, avoir réussi à mettre des mots précis pour exprimer cette passion…
Il l’a fait avec quelques mots, avec du bon sens et aussi pas mal de talent et de finesse. Grazzie Mille !
Nous avons échangé les adresses électroniques car ils voulaient avoir des nouvelles lorsque je serai rentré à la casa !

Tout ça est bien beau mais il faut redescendre des hauteurs, il y a encore de la route à faire : directions les grands lacs.
Magnifique dans les premiers kilomètres,

la suite de la route dans la vallée devient vite stressante, à cause des nombreux tunnels et du trafic routier de ce lundi,

ou beaucoup travaillent pendant que d’autres se promènent…Bon, on dira que c’est chacun son tour.
Quelques heures plus tard, ambiance de vacances ensoleillées sur les bords du magnifique lac de Come où je croise même une horde de Moto Guzzi en balade sur leur terre natale.

Puis, suivra le lac de Lugano

et enfin le lac Majeur,

sur les rives duquel j’installe ce soir ma tente, dans le Tessin Suisse où l’on parle toujours l’Italien. Mais ceux sont les Allemands qui, se feront entendre ce soir au camping en raison du match de leur en 8éme de la coupe du monde de foot !

Ce Mardi matin je traverse Locarno et cherche un moment la bonne route pour Santa Maria Maggiore. Il s’agit d’une petite route frontalière dans une vallée que les Suisses nomment : Centovalli et les Italiens, car je reviens pour une cinquantaine de kilomètres en Italia, appellent : Val Vigezzo.

Bref, tout ça pour dire que cette route secondaire est incroyable car il n’y pas 200m de ligne droite sur un distance de près de 50 kilomètres. Au détour d’un virage je tombe face à un panneau qui ne porte que 2 lettres : RE !!! Alors là, j’éclate de rire, dire que j’avais hésité à choisir cet itinéraire et il s’avère formidable.

Immédiatement, je pense à la Royale Association et au forum pour lequel je m’arrête prendre une indispensable photo si non, on ne me croirait pas !

On pourrait même un jour faire un rassemblement de RE à RE avec nos amis Bulletistes Italien ? Voilà, l’idée est lancée…

Encore quelques kilomètres et je retrouve la Suisse pour passer le Simplon Pass (2005m)

et sa monumentale route de montagne. Traversée du Valais où l’on retrouve le Rhône, puis passage des cols de la Forclaz et des Montets pour revenir en France par la majestueuse vallée de Chamonix,

où la circulation s’intensifie beaucoup trop à mon goût.
Ayant un impératif de retour pour le lendemain soir, et souhaitant surtout éviter de traverser Grenoble, je décide un fois n’est pas coutume de prendre l’autoroute à Albertville jusqu’ à Valence pour passer la dernière nuit de voyage près de Tournon.

Le Mercredi matin, je n’ai pas trop le choix, je dois tailler la route en passant par Le Puy en Velay

en m’accordant un détour bucolique par l’envoutant Aubrac où,

je me suis promis de revenir balader ma Bullet préférée qui vient de fêter ses 20000 km…

Puis suivront : Figeac, Cahors, Monflanquin jusqu’aux terres connues de Guyenne où j’arriverai tard, avec la magique lumière rasante du soir pour embellir ce paysage de cocagne tant aimé !

On revient toujours avec plaisir à la source ; surtout après un aussi beau voyage en Royal Enfield.

AlainDien

Pour résumer en quelques chiffres ; j’espère ne pas vous avoir trop saouler avec mes aventures en Enfield ; parcours de 3105 kilomètres en 7 jours de voyage, avec 4 nuits sous la tente et une nuit d’hôtel… et pas une goutte d’huile ajoutée malgré le contrôle quotidien !


Commentaires

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samedi 20 septembre 2014 à 16h25 - par  Captain Bertie

Bravo Alain, ce n’est pas "on s’y croirait" c’est "on y est" !

CB