Note au sujet des bandages d’échappement

vendredi 16 novembre 2018
par  
popularité : 28%

Salut,
selon une mode totalement idiote, de nombreux motards trouvent "stylé" d’enrubanner le tube d’échappement de leur pétoire d’un bandage en tissu de fibre de verre couramment appelé "bande thermique".
Cette mode venue des magazines de "motos "branchées" où le look compte plus que la mécanique a pour origine les préparations sur les "rods" américains sur base de vieux Ford V8 des années 1930. Ces moteurs puissants mais à faible rendement chauffaient de façon critique dès qu’ils étaient "gonflés". La chaleur excessive qui se dégageait sous le capot et autour du moteur (en fonte) générait du vapor-lock qui perturbait la carburation, elle même peu élaborée à cause des carburateurs aussi rudimentaires qu’une cuve de chasse d’eau des chiottes.
Donc, pour contenir l’excès de chaleur en provenance des tubes d’échappement, l’idée de les isoler sous des bandages thermiques s’est généralisée... et puis les capots moteurs ont peu à peu été supprimés, les tubes ont été rendus visibles (pour faire joli et très viril) et les bandes thermiques qui "faisait" méga "prépa" sont restées.. de toute façon, ces bagnoles transformées n’avaient pas vocation à traverser le pays par leurs propres moyens ni à se taper des embouteillages, mais juste à faire quelques runs dans des rassemblement d’amateurs où l’exposition statique des engins compte autant que de les faire rouler.
Une autre explication à la pose de ces bandages vient du dragster : départ arrêté sur 400 m, moteur survitaminé à l’éthanol et autres mélanges gazeux sur-oxygénés, faut que ça envoie ! Là, les tubes sont carrément à l’air libre, dressés vers le ciel et le moteur doit donner son maximum durant seulement quelques secondes. Il apparait que quand ils sont très chaud, l’évacuation des gaz (qui a une influence sur l’admission des gaz frais) est optimisée.

Alors dans un cas (les rods préparés), on cherche à réduire le rayonnement de chaleur autour du moteur, donc on le confine dans les tubes qu’on emmaillote sous des bandages et dans l’autre cas (le dragster), on cherche justement à surchauffer le tube pour des questions de vitesse de l’écoulement de la veine gazeuse.

Prenons maintenant le cas de nos motos, gros monos à refroidissement à air : la sortie d’échappement est à l’avant et depuis un siècle, c’est comme ça... et vous savez pourquoi ? Pour être bien refroidis par le vent de la course quand la moto roule. Car qu’y a t-il derrière le tube d’échappement, justement là où il s’emmanche ? Il y a la soupape d’échappement soumise au feu de la combustion... et ça chauffe ! ça chauffe tellement que la soupape est portée au rouge cerise ! Elle chauffe, donc elle se dilate aussi. Assez pour rattraper les jeux de fonctionnement si ils ne sont pas bien calculés ou pas respectés. Et que se passe t-il quand la soupape et son siège sur un gros monocylindre se dilatent tellement qu’ils rattrapent leurs jeux de fonctionnement au point d’en brider l’action ? La soupape ne ferme plus comme il faut, la compression chute, le moteur perd son rendement, on tire encore plus dedans, ça chauffe encore plus et ça fonctionne de moins en moins bien... encore, tant que ça roule, le vent de la course permet d’évacuer les calories en trop, mais moteur tournant à l’arrêt, ça ne refroidit plus bézef... et le moteur ralenti, il ratatouille et il cale.
Sans compter qu’avec un tel mauvais traitement, la soupape, son guide et son siège ne vont pas faire long feu !
Et là, on comprend qu’enrubanner le tube d’échappement sous un bandage qui va le maintenir au chaud, c’est vraiment pas une bonne idée.

Le problème, c’est que ça, personne ne l’a expliqué aux gars qui posent leur bande thermique sur leurs tuyaux, pour faire joli, pour faire "style", pour faire "prépa". Et comme ces gars sont plus sensibles à l’aspect esthétique véhiculé par des magazines que connaisseurs en mécanique, on voit plein de ces bandages crados sur de pauvres motos qui n’en demandaient pas tant.

En plus, pour bousiller un tube d’échappement, y’a pas mieux ! Sous le bandage, la colle durcit en rendant impossible tout retour à l’origine, la rouille s’installe bien à son aise et dans son acidité et au final le tube s’auto-détruit en quelques mois.

Bref, y’a rien de pire pour massacrer la mécanique !



Commentaires