Messagepar Marco » 12 juil. 2007, 10:50
Gillou,
t'en appelle à la Révolution. Bon, mais le problème, c'est que les révolutions se déroulent la plupart du temps dans des bains de sang et qu'elles se pérennisent par des régimes de terreur pour finir par remettre en place des pouvoirs bourgeois contrôlés par des ces mêmes bourgeois qui se goinfrent, à grands coup de privilèges, sur la masse des gens qui produisent les richesses et auxquels ont ne laisse, dans le meilleur des cas, que les miettes dont ils croient pouvoir jouir à partir du moment où ils ferment leurs gueules. Quelques boufons sont autorisés à émettre des critiques, en guise de soupape de décompression. Et si ils vont trop loin, couic ! (comme dirait Coluche, putain d'camion !)
Prends l'exemple de la "révolution" russe d'octobre 1917… En fait, un coup d'État (sans doute nécessaire pour mettre à bas un régime féodal qui ne l'était d'ailleurs déjà plus tout à fait) pérpetré par un parti politique majoritaire (les bolchéviques), s'appuyant sur une soi-disant légitimité populaire (ouvriers et paysans) parti bolchévique, donc, initié par de grands bourgeois (Lénine, Trotsky, Boukharine, Kamenev, Zinoviev, etc…) ayant récupérés à leur compte des idées de progrès social nées un siècle auparavant (Voltaire, entre autres) et théorisées par la Commune de Paris, Proudhon, Bakounine, etc… Résultat : terreur, économie de guerre, élimination des camarades devenus concurrents (écrasement des anarchistes, récupération des socialistes…), purges, procès truqués, déportation et éxecution des opposants, bref dictature pendant 70 ans.
Évidemment, les bolchéviques se sont inspirées de la Révolution française qui a elle aussi été tout à la fois un facteur d'émancipation des peuples et un régime de terreur et de jusqu'au-boutisme pour finalement, servir d'autouroute à l'Empire Napoléonien. Cet empire qui a modernisé les institutions de notre pays, mais qui a aussi renforcé le pouvoir bourgeois, les privilèges, l'exploitation des travailleurs, bref, pas mal de trucs que la Révolution initiale prévoyait d'abolir à jamais.
Un bel exemple de révolution douce, toutefois, celle des Portugais qui se sont, en 1975, débarrassés du dictateur Salazar grâce à l'armée qui au lieu de se servir des fusils pour tirer sur le peuple, ont mis des fleurs au bout de leurs canons et a rejoint le peuple. Ça s'est appellé la Révolution des œillets et il est certain qu'aujourd'hui, la Portugal est bien une démocratie.
Comme disait Brassens, "mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente…"
Je vous joint les paroles :
Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente
Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
"Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"
Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente