Ded31 a écrit ::ange! Faudrait aussi retracer le contexte de cette couverture.
En soi, "Bal tragique à Colombey" ça veut rien dire !
Mais quelques jours avant, un fait divers avait marqué la France au printemps 71....
Et juste après meurt De Gaulle. D'où le "bal tragique à Colombey, un mort".
A la suite de ça, les vieux réac du pouvoir tombent sur Hara-Kiri et sous prétexte de dessins et d'images "tendancieuses", ils suspendent la publication au nom d'une atteinte à la jeunesse (Hara-Kiri est alors considéré comme apparenté à un journal de BD, donc une "édition jeunesse"). Interdite de diffusion, Hara-Kiri perd ses revenus et ne peut plus payer des fournisseurs qui deviennent aussitôt des créanciers.
Après des tensions dans l'équipe, des départs, des relevages de manche chez ceux qui décident de se battre et puisque c'est le titre" Hara-Kiri, journal bête et méchant" qui est frappé d’interdiction, l'équipe resserrée autour de Cavanna ressort son canard en l'appelant "Charlie-Hebdo", Charlie étant à la fois un clin d’œil au "Grand Charles" qui vient de casser sa pipe et (et la fameuse "UNE" "bal tragique" qui a servi de prétexte à la censure) et aussi une référence au "Charlie Brown" personnage du dessinateur américain Charles Schultz de "Peanuts" que Cavanna admirait.
Cette double référence qui repose à la fois sur l'admiration d'un pair et sur l'ironie féroce autour du Charles qui incarnait alors la France depuis longtemps est typique de l'esprit Hara-Kiri.
En 1981, faute de lecteurs, Charlie-Hebdo met la clé sous la porte. Il sera ressuscité en 1992, avec Philippe Val, les anciens (Cavanna, Cabu, Gébé, Siné, Wolinski) et des nouveaux (Charb, Luz, Riss, Tignous...). Il baptisent leur maison d'édition "Editions Kalachnikov"... Renaud participe au financement.
En 2008, une crise oppose la rédaction quand Val décide d'éjecter Siné... Val est devenu le "patron" de Charlie et ses positions pro européennes et atlantistes (néo-con diront certains) ne sont pas toujours en phase avec les vieux anars historiques de la rédaction... Val quittera ensuite Charlie pour aller faire le patron à Radio-France où là aussi, il ne se fait pas que des amis. L'ancien chansonnier gauchiste du duo "Font et Val" est devenu un ponte de l'intelligentsia parisienne en vue dans les salons, notamment ceux d'une certaine Mme Bruni-Sarkozy.
Quand éclate l'affaire des "caricatures", Charlie (devenu "Editions rotatives") a déjà perdu pas mal de lecteurs, notamment de nombreux abonnés qui n'ont pas digéré l'éjection de Siné ni les positions d'un Val considéré comme de moins en moins libertaire et de plus en plus libéral. Pendant ce temps, Charlie reste le plus souvent ignoré de ses confrères de la sphère médiatique et est rarement cité dans les revues de presse, sauf pour les traiter d'irresponsables et de fouteurs de merde quand leurs caricatures font le buzz et affolent les porteurs de soutanes... ces mêmes journalistes qui affichent aujourd'hui le "je suis Charlie" et leur désolation de circonstance. Quant aux politiques et leurs larmes de crocodiles (surtout à droite) qu'on a vu se bousculer à la télé ces derniers jours, ce sont souvent les descendants directs de ceux qui avaient fait censurer Hara-kiri et qui s'étaient frottés les mains en regardant Charlie crever dans les années 70-80.
Ces derniers mois Charlie-Hebdo stagnait en-dessous de son seuil de rentabilité et l'avenir était morose.
Et là, balles tragiques à Charlie-Hebdo, 12 morts ! Les dingues à Kalach viennent brutalement de régler leurs problèmes de masse salariale en faisant aussi remonter les abonnements.

(humour à la Hara-Kiri, je précise !)
Et moi, comme tant d'autres, je pleure Cabu, Wolin', Tignous, Charb, Honoré et Oncle Bernard qui ne dessineront et n'écriront plus pour dénoncer toutes les hypocrisies.
