Messagepar jbt » 04 déc. 2020, 13:49
La question de l'habitat est une sacrée épine dans le pied de l'utopie écologiste.
Parce qu'elle est vendue avec de belles images de vastes étendues herbeuses et de forêt avec des jolis zanimaux tout gentils dedans, des écureuils et des faons, jamais des tiques et des crapauds, au milieu desquelles trône une maison en bois à énergie positive avec un toit en herbe et des panneaux solaires pour recharger la Tesla garée devant , à côté du potager durable.
Le hic, c'est que des endroits pour implanter des maisons isolées (dans tous les sens du terme), fussent-elles vertueuses, y en a pas des masses, d'abord. Et que du point de vue énergétique, la maison individuelle à la campagne est une hérésie, le top étant l'habitat collectif à forte densité à proximité des lieux d'exercice professionnel. Les grands barres d'immeubles, la ville, quoi...
Factuellement, quand on fait le calcul de l'espace nécessaire pour que chacun possède son petit potager dans sa maison seule et puisse assurer son autosubsistance, bin on dépasse de loin la superficie disponible (j'entends par là potentiellement constructible) et en France métropolitaine. Et il faudrait donc non seulement réaffecter les terres agricoles, mais aussi empiéter sur ce qu'il reste d'espaces naturels pour que chacun puisse jouer à Charles Ingalls.
Quelque chose me dit que si l'homme, depuis qu'il s'est sédentarisé, s'est progressivement tourné vers l'habitat regroupé, c'est pas pour des prunes et que ça va être très compliqué de faire autrement.
Ce fantasme suppose aussi que n'existent plus que des formes idéales de travail: télétravail au maximum (mais surtout pas de 5G!), plus de grosses unités de production mais uniquement une mosaïque de petites usines de proximité (qui suppose donc aussi logiquement une centrale nucléaire tous les 20 km...), des commerces proposant tout ce qu'on désire à 5km de chez soi (mais pas de grandes surfaces, hein, que des petites boutiques), chaque commune dispose d'un petit hôpital d'une dizaine de lits dans lequel on se rend en vélo (faudra penser à abolir les montées, la pluie et l'hiver, d'ailleurs)...
Bref, la ville à la campagne déjà abondamment moquée par Gébé et Reiser, entre autres.
Ca n'est pas un fantasme pour tout le monde. Les plus riches se l'offrent déjà sans problème (je pense au reportage surréaliste sur Yves Cochet qui se prépare dans sa propriété à une crise et s'étonne que tout le monde ne suive pas ses conseils survivalistes, en préparant son balcon pour y mettre un potager bio et en garant sa carriole dans le parking souterrain qui abrite une jument percheronne).
Une collègue de boulot, après un divorce difficile, a viré sa cuti consumériste et est entrée dans un trip retour à la terre. Elle qui logeait avant dans l'établissement où elle travaille a déménagé à la campagne, où elle a acheté une jolie maison dans les bois et un beau potager, elle récupère l'eau de pluie et fait pousser des chèvres. Elle prend plus l'avion. Et elle engueule tous ceux qui ne font pas comme elle (surtout les élèves qui ont le malheur d'avoir une opinion critique ou alternative), oblige les gamins à bouffer du Tryo et des romans écolo-survivalistes gnan gnan.
Par contre...elle fait 5 aller-retours par semaine (5x70km) pour assurer 3 ou 4 heures de cours (elle est repassé à plein temps et fait des heures sup pour payer le crédit de la baraque) alors qu'elle n'avait que deux étages à descendre avant et bossait à temps partiel.
Du coup, elle a pas trop eu le temps de faire du bois, comme prévu, elle a encore fait rentre du fioul cette année parce que c'était pas cher.
Et pis surtout...elle a fait un deuxième gosse, ce qui anéantit pour une génération tous les efforts qu'elle a produit, aurait pu produire et produira en ce qui concerne l'impact environnemental.
Bref...le développement durable, je n'y crois pas un instant, c'est un oxymore. Mais je ne crois pas non plus une seconde en la capacité de l'être humain à se freiner volontairement dans sa recherche du confort. Ça n'est ni dans sa culture, ni dans sa nature, et je suis très dubitatif en ce qui concerne les chances de réussite d'une auto-régulation dans la consommation et la recherche de ressources.
Reste un autre moyen pour limiter l'impact de l'espèce: limiter l'espèce.
C'est très mal vu, on se fait tout de suite taxer d'eugéniste, de génocidaire, d'avorteur quand on évoque cette solution, mais elle me semble être la plus susceptible de produire des effets.
La situation de pandémie actuelle a le mérite d'amener à mesurer le coût social et financier de la santé globale d'une population, ce qui amènera à pouvoir pondérer l'intérêt de la préserver par rapport à d'autres impératifs. Est-ce utile/juste/efficace de consacrer la majeure partie de l'activité humaine à la prolongation (de quelques mois...) de la santé d'une partie de sa population, non pas en regard de ce que ça coûte à l'autre partie, mais sachant qu'une diminution globale de la population serait bénéfique pour l'écosystème dans lequel elle vit?
Comme l'a théorisé Ivan Illich, tout système qui se développe devient contre-productif. Aujourd'hui, le système de santé censé préserver la vie contribue à dégrader les conditions de vie et de santé globale, ou du moins à ne pas les améliorer.
Je n'ai pas de réponse, je me pose simplement quelques questions en prenant du recul, loin des sempiternelles ritournelles "on nous ment on nous manipule c'est la faute à eux je vais dénoncer la vraie vérité avec un lien facebook " dont j'aimais être épargné dans les réponses à suivre, merci...
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jbt le 04 déc. 2020, 14:11, modifié 1 fois.
La Bullet est ma moto du quotidien.
Non, ça ne veut pas dire qu'il y a un article dans le journal à chaque fois qu'elle démarre.