C'est complètement illusoire de croire que dans ce pays les gens se défoncent de plus en plus ou se tuent de plus en plus: factuellement, il suffit de jeter un oeil aux archives de presse ou judiciaires pour réaliser que la situation s'améliore continuellement au fil des années. On vit dans une société de moins en moins violente, mais dans laquelle la violence est de plus en plus médiatisée...la nuance est de taille. La courbe des homicides suit peu ou prou la même que celle des vols de motos: en baisse continue. Rappelez-vous les titres des "bals tragiques" de la presse locale du lundi matin...
Il n'y a guère que les féminicides qui résistent à la tendance...
En ce qui concerne la drogue, c'est pareil. Je ne connais aucune société humaine qui se passe de consommation de psychotropes, que ces produits soient légaux ou non. Et on retrouve également chez certaines espèces animales la recherche et la consommation effrénée de substances leur permettant de se mettre la tête à l'envers...
Avez-vous déjà oublié les années 70 nimbées de fumée de tabac tout le temps et en tout lieux? Ca a quasiment disparu aujourd'hui.
La conso massive d'alcool avec tous les effets sociétaux induits qui caractérisaient la génération d'avant? Ca aussi ça diminue beaucoup aujourd'hui, la preuve, les
dealers d'alcool viticulteurs pleurent et se font payer pour arracher des vignes avec nos impôts.
J'ai passé une bonne dizaine d'années de ma vie à me défoncer. Shit, herbe, alcool. Mes journées au lycée commençaient par une pipe a eau fumée encore couché dans le lit de l'internat et se terminaient par une bouteille de blanc chaque soir en guise d'apéro et une ou deux grosses cuites chaque week end. J'y ai survécu, mais pas nombre de mes copains qui étaient passés à l'héro. Chaque année, j'en ai perdu un suite à une OD. Ca n'existe quasiment plus aujourd'hui.
J'ai passé la dizaine d'années suivante à bosser dans la Douane et à traquer le trafic de stupéfiants, surtout du petit shiteux, rarement du gros. Je peux vous assurer que cette répression, il y a 30 ans, créait infiniment plus de dégats sociaux et sociétaux chez ceux qui se faisaient choper que ce qu'elle aurait pu, au mieux, éviter chez les consommateurs, qui étaient souvent les mêmes! Ca n'est pas seulement inefficace, très coûteux, c'est carrément contre-productif que de réprimer l'usage de stupéfiants. Une gabegie absolue qui s'aggrave depuis continuellement, toujours plus cher, toujours moins efficace, toujours plus contre-productive.
Et puis les deux décennies suivantes, je les ai passés à bosser dans le domaine éducatif. Et à rêver d'une éducation, nationale ou autre, qui se passerait de posture idéologiques pour ne reposer que sur du pragmatisme et avoir pour objectif la réduction des risques avant tout. Une éducation qui arrêterait de faire semblant de croire qu'on peut interdire, décourager, éviter de se défoncer mais qui au contraire prendrait en compte la tendance naturelle et imprescriptible de l'être humain à se mettre la tronche à l'envers parce que c'est bon, parce que c'est rigolo, parce que ça fait du bien et que c'est avant tout pour ça qu'il le fait, quels que soient les effets secondaires ou à long terme dont il n'a rien à carrer sur le moment.
Et qui prendrait le parti d'accompagner cette consommation afin d'en réduire les risques plutôt que de la prohiber, avec l'inefficacité qu'on constate: la France qui a une des politiques les plus répressives au monde en termes de consommation de psychotropes est un des pays où on en consomme le plus, avec ou sans ordonnance...
Les rares actions de prévention "officielles" sont complètement à côté de la plaque et prennent tellement leurs cibles pour des cons que si j'avais 15 ans et qu'on me faisait subir les messages anti-drogue qu'on inflige aujourd'hui à nos gamins, je courrais m'acheter du crack juste par réaction à tant de bêtise.
Je rêve de cours de défonce au collège dans lesquels on apprendrai à rouler un joint, à gérer une redescente d'acide ou à doser un fix. Parce que de toute façon, les gamins le feront: autant qu'ils le fassent bien. Tout le monde n'a pas la chance d'être Keith Richards.