"J'ai une brèle version dentelle de Bruges en terme de corrosion et presque complète, elle appartenait à mon grand-père et ça fait 30 ans que je dois la restaurer. J'oubliais un détail, le top du top serait que la Pigeot soit prête pour début juin histoire de faire bisquer mon père pour son anniversaire."
Bref, il s’agit de faire la rénovation d'une P55C d'avril 1947 à moindre cout pour un ami d’au moins 20 ans dont je connais le père et la mère, on avait fait une chouille chez eux en Bretagne du Nord il y a au moins 15 ans, les bretons s’en souviennent encore
J’ai évidemment accepté le challenge, le coté sentimental agissant mais je sentais bien le piège arriver
Ferraille percée par la rouille, métal déchiré par endroit, il manque des ptits bouts un peu partout, des morceaux sont cassés, le moteur n’est pas bloqué et il comprime encore bien mais il n’a pas connu l’essence depuis 35 ans et la rouille, la rouille, la rouille, elle est omniprésente.
Je commence par ramasser de la doc, facile à trouver : ces populaires ont été distribuées par dizaine de milliers, ça ne devrait pas être trop dur comme boulot. Le site des Pétochons du Lion m’a été d’un grand secours. Mais déjà une première question : c’était quoi la couleur d’origine ??? Dans les années 70, mon pote avait tenté une "restauration" , il avait donc utilisé les pots de peinturlure qui trainaient dans le garage du grand-père, jaune, violet, noir… parfois sans retirer le cambouis… Je trouve la teinte d’origine dans des endroits qui ont échappé au peintre fou !
Le doute s'installe, insidieusement : fourche à parallélogramme, cadre rigide, accélérateur par un levier au guidon, mode qui sera reprise bien plus tard sur les quads, vitesse au réservoir, frein arrière au pied droit mais comment ça se conduit, comment ça se règle ce truc ? Commençons par un démontage de la partie cycle pour une analyse plus fine du boulot. Misère…
Tubulure d’échappement très fortement corrodé et percé par endroit, l’état des roues me fait mal au cœur, rayons et jantes sont gravement rouillés, les amortisseurs de transmission sont mort, la plaque d’immat’ (qui fait aussi support de feu arrière) est quasi irrécupérable, ya pas de béquille, etc, tout est à l’avenant. Dans quel état sera l'intérieur du moteur… Déjà, je ne retire qu’une petite tasse d’huile, il devrait y en avoir 33cl. Bon, c’est bien noir, bien crade mais il n’y a pas de casse, tout semble en bon état, pas de jeu anormal, les roulements de vilebrequin sont aussi OK. Les bobines éclairage et HT ne sont ni coupées ni en court jus, seul le rupteur est usé. Et de la crasse, de la crasse, de la crasse…
Et de nouvelles questions se posent : Les roulements de vilo sont des roulements à billes tout à fait standard, il n’y a pas de joint spi. Mais alors, comment se fait l’étanchéité du bas moteur sur ce 2 temps ? La réponse viendra un peu après : En ce temps-là, on utilisait de la graisse à très haut point de fusion. Et aujourd’hui ? Ben on met des roulements étanches et roule ma poule
Alleï, on commence à bosser dans la joie et la bonne humeur : dégraissage, brossage, microbillage au granulat de verre, ya une différence
Et on commence la peinture époxy après un passage au dérouillant phosphatant puis de l’apprêt. Tout y passe et le stock de pièces traitées augmente de jour en jour.
Bon, il y a aussi le moteur. Là, on y va plus cool, moins agressif quoi : un bon nettoyage et dégraissage suivi d’un microbillage au bicarbonate de soude, ça commence à rendre forme.
La boite de vitesse. Vous, je ne sais ce que ça vous fait mais moi, je trouve ça beau. Le remontage commence avec de jolis roulements étanches.
C’est beau, c’est propre mais ce n’est pas neuf, on voit les traces laissées par l’outrage des ans. Sur les pièces peintes, rien n'est lisse comme sur une belle carrosserie sortie des chaines. Là, on voit les plaies et bosses générées par la rouille. Ai-je été assez loin ? N’ai-je pas été trop loin ? La pression monte avec le remontage, doucement mais surement… Mais pourquoi ai-je accepté ce taf ? Je n'en vois pas le bout, je dors de plus en plus mal, je vois des P55 partout.
Parfois, il faut refaire des morceaux, un axe par ici, une soudure par là et on trouve aussi des solutions pour remettre un ressort de selle, par exemple (les rondelles dans le ressort, ça ne marche pas. Par contre, la sangle passée autour de la colonne de direction, c’est super). La recherche des pièces manquantes et des vis "exotiques", ça prend du temps. Des écrous créneaux de 11 en pas fin (pas de 100) ne se trouvent pas à la quincaillerie du coin. Quant aux différentes longueurs des vis de 7... Oui, ça tient parfois du parcours du combattant.
Le remontage progresse, ça commence vraiment à prendre forme. Et puis mon frangin vient me donner un coup de main pendant ses vacances
Puis viennent ensuite les premières chaleurs avec les premiers essais fonctionnels : Le volant magnétique va-t-il générer de belles étincelles nécessaires au retour à la vie de cette machine ? Ben non, il s’avère que la bobine HT est foutue, certainement le vernis qui a craquelé et qui génère des court jus internes. Réception d’une bobine refaite et vérification totale du plateau d'allumage y compris le sens des aimants.
Et puis... Et puis elle a craquée. YES ! ! ! !
Mon pote arrive pour chercher sa bel^^vieille belle qui se fait toute petite à coté de l’EFI à Dame Isa. Il est satisfait du boulot "ça correspond à ce que j'attendais. Mais il y a quand même une faute de gout : t'aurais pu peindre l'immat' à la main". Et puis quoi encore ? 'foiré
Oubliées les angoisses, la peur de ne pas terminer le boulot, les coups de gueule et tutti quanti. Le plaisir ? Ce fut ça :
Marc part faire un tour avec (https://vimeo.com/71678962) puis revient avec la banane (https://vimeo.com/71678963).
C’est ensuite à mon tour de partir faire un tour (https://vimeo.com/71678964) et d’en reviendre (https://vimeo.com/71678965).
Et elle est partie sur sa remorque. Un peu nostalgique, je la regardais nouvellement sanglée sur ce plateau de métal, un pincement au cœur tout de même : petite, je connais tout de tes dessous, je connais chacun de tes boulons, chacune de tes faiblesses, je sais où j'aurais pu mieux faire.
Et maintenant ? Ben, j'ai craqué pour l'une de ses grandes sœurs, une P55GL :
Il y aura moins de travail sur la partie cycle, par contre coté moteur...


