Messagepar Marco » 20 mai 2015, 21:45
Je crois que le problème de ce problème, c'est un problème de choix... de trop de choix.
Quand nous étions jeunes, notre première moto fut la meilleure parce que c'était la première, c'était l'entrée dans le monde motard. Souvent, c'était en réalité une sombre daube, le seul truc que nos maigres moyens et notre inexpérience nous avaient permis d'acquérir et on s'en contentait faute de mieux... je ne sais pas comment ça se passe pour les fils à papa plein de fric, mais je crois qu'il n'y en a pas trop par ici.
Et puis le temps passe, on tâte d'autres machines, on recherche le mieux, le plus efficace, le plus confortable, le plus fiable... vanité, illusions et désillusions !
On aime nos Bullet (anciennes ou modernes) pour ce qu'elle représentent autant que pour ce qu'elles sont : des motos simples, des pieds de nez au modernisme, à la vitesse, à tout cette technologie que des petits malins voudraient nous faire passer pour du "progrès" alors que la société de consommation, du confort et de la performance est en fait une négation des valeurs humaines et du véritable progrès qui devrait d'abord être celui de la progression harmonieuse de l'Humanité.
Nos Bullet sont des motos bancales, imparfaites et parfois assez imprévisibles... mais ainsi, elles nous imposent de les considérer avec philosophie, tendresse et patience. Elle nous réapprennent la transcendance, elle nous forcent à imaginer, comme le font naturellement les enfants qui jouent avec des bouts de carton en s'imaginant que ce sont des châteaux merveilleux... tout comme aussi devaient le faire les motards des périodes de pénurie, au temps d'avant la société de consommation, le crédit bancaire, les plaisir frelatés de l'ivresse de la fièvre acheteuse et de l'illusion de maîtriser sa vie simplement en croyant pouvoir "choisir" face à une offre commerciale pléthorique.
Reds, imagine un peu que tu es un motard des années 50 et que tu viens d'acquérir cette Bullet qui te faisait rêver... elle sera alors la plus belle des bécanes et tu ne penseras plus qu'à une chose : la chevaucher et rouler, rouler, rouler.
En fait, tu touches (par les interrogations que tu exprimes ici) à l'ambivalence des Bullet EFI qui sont plus des néo-rétros tout en étant des motos neuves que de véritables anciennes et c'est sans doute ça qui fait que tu te sens comme avec le cul entre deux chaises.
Avec une véritable Bullet traditionnelle, il n'y a plus d'ambiguïté : c'est poussif, ça craint les allures rapides, ça freine mal, ça amorti tout aussi mal, bref, ça n'a que des défauts, du moins si on considère la chose selon une approche rationnelle.
Donc, avec une vielle Bullet "fonte", pas le choix : l’approche rationnelle n'est définitivement plus possible et on est obligé de l'aborder selon une approche philosophique et poétique que ne permet pas tout-à-fait une EFI qui est un objet actuel, juste avec un goût d'avant... une sorte d'entre-deux ne débouchant que sur de l'insatisfaction au final quand une "fonte" impose sa radicalité qu'on est bien obligé d'assumer. Et assumer un truc pas forcément évident et parfois difficile, ça finit par procurer du plaisir qu'on a aussitôt envie de partager avec d'autres malades de la même engeance... comme si ça avait un petit parfum de résistance au conformisme ambiant et c'est déjà pas si mal.
D'où ce forum, ses participants et des rassemblements comme à Chinon.
Reds, garde ta p... d'Bullet, prends là comme elle, saperlipopette, et roule, roule, roule. Roule avec nous.
Je suis la mauvaise herbe, c'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe, je suis la mauvaise herbe, je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés. (G. Brassens)
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